Aujourd’hui, afin d’obtenir plus de clarifications concernant mon manque de sources, j’ai demandé à mon Directeur de Recherche quels sont les moyens que j’ai en ma possession pour justifier, dans ma thèse, de mon manque de sources sur les musiques de jeux-vidéo. Il m’a répondu par une question à laquelle je devait répondre pour trouver la solution.
« Quelles sont les meilleures sources selon toi ? Les bons travaux dont tu recommandes la lecture. Qui dit quoi, quand ? »
Justement, je n’en vois quasiment aucun. Me vient à l’esprit un travail d’un étudiant britannique qui avait fait un travail sur l’effet musical et l’effet du gameplay sur l’immersion. C’est un des seuls travaux universitaires que j’ai trouvés et qui parle de musique en utilisant des partitions. Les autres travaux, ceux qui n’utilisent pas de partitions, ne parlent à mon goût pas vraiment de musique. On ne parle pas de musique avec des mots. C’est ce type de travaux que je ne qualifie pas de sérieux. Je considère en revanche que chaque travail, bon ou mauvais (bien que déjà cette notion soit relative) constitue un pas en avant, une pierre à l’édifice. Mais quand il s’agit de construire une cathédrale, il y a encore beaucoup de chemin. Et les études sur ce sujet ne font que démarrer, on a un sacré retard. Tout le monde parle jeu vidéo, le phénomène est lancé depuis quelque temps déjà. Mais peu de gens réussissent à bien l’étudier. Moins encore pour faire avancer les recherches. Je me demande quelle est l’origine de ce retard. Il y en a-t-il vraiment une ? Une aversion pour ce « sous média » peut-être ? On ne considère peut-être pas les jeux vidéo comme ce qu’ils sont : une œuvre d’art totale. Le média peine à trouver le mérite qui lui revient chez les universitaires, et force est de constater qu’avec si peu d’études sérieuses à son sujet, on est loin de le démocratiser pleinement et de lui faire valoir la reconnaissance qui est la sienne. Ensuite, il y existe beaucoup de livres qui parlent de tout un tas d’aspects des jeux : mythologie, scénario, bugs, mystères… Quelques sites web aussi, dont l’excellent ff7.fr de Léonard Neveu qui constitue à lui-même la base de données francophone la plus complète. Une partie de son site a par ailleurs été empruntée pour figurer dans la série de livres « La Légende Final Fantasy ». Et la musique ? C’est un aspect très important de la licence, de par le rayonnement culturel qu’elle a soulevé. Elle est malheureusement très brièvement mentionnée, et toujours sans réel retour analytique. Le but de ces livres est d’expliquer un semblant de réalisation, c’est parfois même d’un journalisme de mauvaise qualité. Je citerai par exemple le cas que j’ai rencontré dans « La Légende Final Fantasy VII », où l’auteur explique pourquoi et quels sont les morceaux les plus connus : One-Winged Angel pour son orchestre et son chœur incroyable pour l’époque, Aerith’s Theme parce que la mort du personnage a marqué de façon indélébile l’esprit des joueurs. Et ? Encore une fois, rien sur la musique, sur ce que l’on entend. Les propos tenus résultent plus de l’effet socioculturel de ses musiques, que des musiques elles-mêmes. Il faut utiliser ses oreilles. Les auteurs de livre sur les musiques de jeux vidéo sont-ils sourds ? Voici une question que je me suis posée il y a quelque temps. Elle mérite d’être posée, bien que Romain Dasnoy m’ait fait remarquer, à juste titre, que parler musique n’est pas donné à tout le monde, il faut pour cela connaître les théories d’harmonisation des anciens, et restreint beaucoup trop le public visé. Des lecteurs non initiés aux arts de l’harmonie se sentiraient lésés. C’est un vrai problème. La réelle question devrait être « Mais que font les Musicologues ? » Quelle est la raison de ce désintéressement général des universitaires pour la musique de jeux vidéo ? En France, le seul nom qui me vient lorsque l’on parle de musicologie appliquée aux jeux vidéo est celui de Fanny Rebillard, qui a rejoint le collectif Musicaludi.fr en 2014. Loin de moi l’idée de dénigrer le travail des collègues, comme j’aime le rappeler, chaque travail est bienvenu et contribue, à sa façon, à l’avancée par pas microscopiques de la recherche. Chaque information valide est bien entendu, bonne. Chaque information invalide l’est aussi. Car dans le mauvais, il y a du bon, et l’on saura désormais que ce n’est pas là qu’il faut chercher. Revenons à Fanny. À ma connaissance, et j’accepterai volontiers qu’elle me corrige si je me trompe, je l’y invite même, elle s’est tournée dans ses articles vers une vulgarisation, afin de, comme Romain me l’a si bien précisé, « toucher un public plus large ». Son travail est correct, il vaut ce qu’il vaut, il a le mérite de débuter la réflexion quelque part, et je n’aurais pas la prétention de critiquer une part du travail que je ne saurais faire.
Cependant, j’ai pu ressentir une frustration en lisant ses articles, puisque l’information que je cherchais ne s’y trouvait pas. À la vue de ce genre de réflexions, déjà très rares, comprenez ma frustration lorsqu’une fois un tel article trouvé, je ne trouve pas l’information que je veux !
Aussi, peut-être faut-il que je revoie mes attentes à la baisse et que j’accepte de ne jamais pouvoir trouver l’information que je veux, tout simplement, car celle-ci n’existe pas, ou n’a jamais été posée dans une étude. Ainsi, il m’incombe alors de devoir la trouver par moi-même. Responsabilité que j’accepte, non sans un certain vertige.
Alors, comment qualifier, à mon niveau, la qualité d’une étude ? Puis-je dire d’une étude qui ne me fournit pas l’information voulue qu’elle est mauvaise ? Je ne crois pas, tout un tas d’études me semble très pertinent, et tout à fait juste, bien qu’elles ne remplissent pas mes attentes. Et j’ose imaginer à quel point, ces études peuvent intéresser d’autres jeunes chercheurs. Ici, je vois qu’il est en fait très ardu de juger la qualité d’une publication. On a naturellement tendance, avec ce sentiment d’amertume, de juger péjorativement une étude qui, à défaut d’être juste, ne nous convient pas. Cela n’en fait pas pour autant une mauvaise étude. En revanche, il est fort possible que le petit nombre d’études sur ce sujet, celui du traitement analytique de la musique dans les jeux vidéo, nous empêche de prendre du recul. Le fait est, quoi qu’il en soit, qu’il y a une demande : en témoigne l’arrivée progressive de petits travaux, articles ou vidéos de vulgarisation à son sujet, malgré un manque de source flagrant, ce qui empêche de creuser réellement le sujet. On a alors une multitude de petites sources, à laquelle il convient au chercheur de s’y retrouver. En fin de compte, des sources, il y en a, mais cette multitude empêche en revanche de convenir d’un état réel de l’avancée des recherches. Aussi, j’ai pris comme parti de qualifier ce manque de sources « solides » de retard en la matière. Nous sommes en retard, et il est de mon ambition de le combler avec tous les moyens que j’ai, à mon échelle, si petite soit-elle.

Un commentaire sur « Réflexions sur le manque de sources »

  1. Cette réflexion est intéressante. Puisque votre travail est relativement pionnier, il est normal qu’il n’y ait pas une multitude d’ouvrages critiques sur le sujet. C’est sans doute d’ailleurs cet aspect de terre vierge à défricher qui vous a incité à choisir un tel sujet de thèse, plutôt qu’un énième travail sur Mozart, par exemple. Peut-être trouverez-vous de quoi fournir votre bibliographie en intégrant des travaux qui ne concernent pas directement les jeux vidéos, par exemple des travaux sur les musiques de films ? Enfin, je dis ça, vous y avez certainement déjà pensé, je ne suis pas du tout spécialiste de musique, moi ce serait plutôt la poésie. Mais enfin je trouve très bien qu’un thésard diffuse ses interrogations sur Internet, cela permet d’un peu mieux faire connaître au grand public ce qu’est un doctorat. Alors bravo et merci ! Et bon courage pour la suite !

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